samedi 23 août 2008

La Plénière de la rentrée... à Bruxelles !

Voici un délectable extrait du courriel expédié cette semaine par Harald Rømer, secrétaire général du Parlement européen, à l'ensemble des personnes travaillant dans cette institution, qu'une amie a eu l'amabilité de me réexpédier...

Période de session de septembre I organisée à Bruxelles, à titre exceptionnel, en raison de l'effondrement partiel du plafond de l'hémicycle de Strasbourg - période de session de septembre II organisée comme prévu à Strasbourg

 

À la lumière des premiers résultats des diverses enquêtes menées par des experts après l'effondrement partiel du plafond de l'hémicycle survenu à Strasbourg le 7 août 2008, le Président Hans-Gert PÖTTERING a aujourd'hui, sur la base d'une recommandation du Secrétaire général et après consultation des présidents des groupes politiques, pris la décision de transférer exceptionnellement la tenue de la période de session de septembre I de Strasbourg à Bruxelles de manière à garantir la sécurité et la sûreté absolues des membres et du personnel concernés. La Présidence française a également été consultée avant l'adoption de cette décision notamment pour que la continuité nécessaire des travaux législatifs de l'institution puisse être assurée.


Il est tout de même plaisant de voir la routine habituelle un peu bousculée, de temps à autres. Quel dommage que j'aie terminé mon stage au Parlement, j'aurais été curieux de voir comment se déroulerait une semaine de plénière à Bruxelles... Ça doit changer des mini-sessions qui y sont organisées parfois... Ironie du sort, cela tombe en pleine présidence française du Conseil ! Le camarade Sarkozy devra donc prendre le Thalys plutôt que le TGV-Est, pour le coup...

(l'hémicycle à Bruxelles)

En tout cas, nous pouvons nous réjouir pour les tonnes de dioxyde de carbone qui ne seront pas rejetées dans l'atmosphère cette semaine-ci, vu qu'il sera inutile de convoyer les centaines de malles des députés et de fonctionnaires entre Bruxelles et Strasbourg... (Ils font ça par camion, vous rendez-vous compte ?)

En attendant que cette mesure exceptionnelle devienne... permanente ?
On peut toujours rêver !

samedi 16 août 2008

Vinicio Capossela - Ovunque Proteggi

Au fil d'une promenade dans Rome la semaine dernière (un voyage dont je parlerai très prochainement), j'ai profité de quelques promotions chez La Feltrinelli (équivalent fonctionnel de la Fnac ou de Virgin Megastore en Italie...) pour enrichir ma discothèque de quelques albums de Vinicio Capossela, un chanteur italien que j'apprécie tout particulièrement, un peu jazzy, très talentueux, complètement excentrique et fort poétique, et que j'avais vu en concert au Botanique le printemps dernier, un peu par hasard... (merci Manu... :-).

Je ne peux résister à l'envie d'inclure le clip musical de la chanson éponyme de son dernier album, Ovunque Proteggi, de toute beauté. (Il s'agit malheureusement d'une version abrégée de la chanson, vous le remarquerez en lisant le texte...)



Ovunque Proteggi


Non dormo ho gli occhi aperti per te, 

Guardo fuori e guardo intorno 

Com’è gonfia la strada 

Di polvere e vento 

Nel viale del ritorno 

E quando arrivi 

Quando verrai per me 

Guarda all’angolo del cielo 

Dov’è scritto il tuo nome 

Ed è scritto nel ferro 

Del cerchio di un anello 

E ancora mi innamora 

E mi fa sospirare così 

Adesso e per quando 

Tornerà l’incanto...


E se mi trovi stanco 

Se mi trovi spento 

Se il meglio è già venuto

E non ho saputo 

Tenerlo dentro me 

I vecchi già lo sanno il perché 

E anche gli alberghi tristi 

Che troppo è per poco 

E non basta ancora 

Ed è una volta sola


Ancora proteggi 

La grazia del mio cuore 

Adesso e per quando 

Tornerà l’incanto 

L’incanto di te 

Di te vicino a me


Ho sassi nelle scarpe 

E polvere sul cuore 

Freddo nel sole 

E non bastan le parole 

Mi spiace se ho peccato 

Mi spiace se ho sbagliato 

Se non ci sono stato 

Se non sono tornato


Ma ancora proteggi 

La grazia del mio cuore 

Adesso e per quando 

Tornerà nel tempo 

Il tempo per partire 

Il tempo di restare…

Il tempo di lasciare 

Il tempo di abbracciare 

In ricchezza e in fortuna 

In pena e povertà 

Nella gioia e nel clamore 

Nel lutto e nel dolore 

Nel freddo e nel sole 

Nel sonno e nel rumore 

Ovunque proteggi 

La grazia del mio cuore

Ovunque proteggi 

La grazia del tuo cuore 


Ovunque proteggi 

Proteggimi nel male 

Ovunque proteggi 

La grazia del tuo cuore 

mardi 12 août 2008

Effondrement du faux-plafond du Parlement à Strasbourg...

Youpi !

Enfin une bonne nouvelle !
Le faux plafond de l'hémicycle de cet horrible bâtiment strasbourgeois, froid et impersonnel, s'est effondré.
Victoire. Les dieux de l'Olympe ont manifesté leur courroux contre la sottise des hommes, la médiocrité des architectes et la laideur de cette salle de réunion.

(Heureusement qu'il n'y avait personne à ce moment là).

(Diantre, voilà qui me semble fort massif. Je n'eusse point aimé m'y trouver à ce moment.)
(Autre formule : Il eût été regrettable que je m'y trouvasse).

Quoi qu'il en soit, espérons que cela incitera les parlementaires à refuser de s'y rendre, et forcera les gouvernements à s'accorder une bonne fois pour toutes sur Bruxelles comme capitale européenne et siège unique du Parlement !

vendredi 25 juillet 2008

Orient-Occident : le dialogue musical


Vive la sérendipité !

Alors que je parcourais au hasard les rayons d'un disquaire spécialisé en musique baroque, non loin de chez moi, j'eus l'heureuse surprise de trouver un album regroupant divers morceaux de musique instrumentale médiévale, issus des différentes aires culturelles ayant convergé autour de la Méditerranée (ou un peu à la marge). Espagne, Maroc, Italie, Perse, Empire Ottoman...

Dirigé par Jordi Savall, le célèbre musicien catalan, accompagné de son ensemble Hespèrion XXI, le résultat d'ensemble est très agréable à écouter, et permet de saisir à plusieurs égards les différents échanges musicaux et culturels qui s'opéraient à l'époque où la Méditerranée était un carrefour, une passerelle, plutôt qu'une barrière...

La préface d'Amin Maalouf, écrivain libanais et auteur (entre autres) des Identités meurtrières, met au demeurant en exergue ce riche passé d'échanges et de partages aujourd'hui révolus, et que l'art pourrait permettre de retrouver. Jordi Savall écrit lui-même que l'idée d'origine de ce recueil de musiques avait commencé à prendre forme à la fin de l'année 2001, comme une "recherche inconsciente d'un antidote spirituel au conflit croissant et dramatique entre civilisations".

Petit clin d'oeil au passage à celui qui m'a fait découvrir la collection... et à celui qui m'a fait découvrir le disquaire :-)

dimanche 20 juillet 2008

L'Union pour la Méditerranée : much ado about nothing ?

Suite à diverses remarques, et comme ce blog est tout de même supposé s'intéresser en priorité aux questions euro-méditerranéennes - ne l'oublions pas -, j'ai décidé de livrer mes réflexions les plus impertinentes sur l'initiative française de créer une "Union méditerranéenne" - devenue par la magie des institutions européennes : "Processus de Barcelone : Union pour la Méditerranée" (tout est dans les mots, n'est-ce pas ?).


Mais comment en est-on arrivé là, au juste ? Il se trouve que j'ai eu l'occasion de suivre cette question d'assez près au cours de mon stage au Parlement européen. En effet, Béatrice Patrie (la députée pour qui j'ai travaillé, au groupe socialiste) est membre de l'APEM (Assemblée parlementaire euro-méditerranéenne), et nous avions un intérêt tout particulier à l'égard de ce pavé sarkozien jeté dans la mare des instances européennes concernées.

Au fait, ce billet est assez long, accrochez-vous !

Tout d'abord, revenons un peu en arrière.

Paris, le 6 mai 2007 : Sarkozy est élu ! (Aaarrrggghhhlll ! Catastrophe !)

Au soir de son élection à la présidence de la République, Nicolas Sarkozy lance, avec tout le sensationnalisme dont il est capable (à côté de ça, le Sun, c'est pipi de chat), le dernier scoop de la semaine, histoire de faire parler de lui : "Moi, Sarko 1er, président des Français par l'onction du suffrage universel (hélas!), généreux et lucide devant l'Eternel, je tends la main à nos voisins du Sud, et propose de créer une Union méditerranéenne".

(Je vous avais prévenu que j'étais impertinent).

Le constat est simple : la Méditerranée est l'une des frontières les plus inégalitaires du monde, avec une rive nord comptant une des premières puissances économiques du monde, et une rive sud surpeuplée d'individus sous-développés. S'ensuivent des problèmes de migrations, de sécurité, de pollution, et bien entendu, de malentendus culturels...

(Soit dit en passant, tout cela fait frémir d'horreur le brave électeur nanti du nord, qui aimerait pouvoir aller se dorer la peau tranquillement en Tunisie, sans pour autant être enquiquiné par les hordes de barbares qui tentent de franchir le détroit de Gibraltar en Zodiac... Mais ça, un Président de la République ne peut le dire aussi crûment, quand bien même il se nommerait Nicolas Sarkozy).

Jusqu'ici tout va bien. Il est donc tout à fait normal que les pays de la rive Nord fassent preuve de générosité envers ceux du Sud, et qu'ils poussent même la générosité jusqu'à les traiter de "partenaires", et discutent avec eux de problèmes communs, dans un intérêt mutuel et partagé.

Dès le départ, toute la stratégie de communication visait à : 
- Démontrer la pertinence d'une telle initiative
- Agir comme si rien de tel n'avait existé ou été proposé auparavant
- Faire revenir le mérite d'une aussi géniale idée à la France - et plus particulièrement à son non moins génial président.

Sauf que cela fait plus d'une douzaine d'année qu'un tel partenariat existe, pas simplement entre les pays directement riverains de la Méditerranée, mais également avec le reste de l'Union européenne ! En effet, en 1995, à Barcelone, les ministres des affaires étrangères des pays de l'UE et de la rive sud avaient convenu de lancer un ambitieux programme de partenariat et de coopération (le Partenariat Euro-Méditerranéen), qui comprenait trois grands volets (politique, économique et culturel/humain), visant à combler le fossé séparant les deux rives, promouvoir l'Etat de droit et les droits de l'homme au Sud, et créer une zone de libre-échange à l'horizon 2010.

Il n'en fallait pas plus pour susciter l'exaspération de la classe politique européenne (en tout cas ceux qui ont un minimum de cervelle) à l'égard de ce trublion médiatique qui prétendait faire du neuf avec du vieux. Car si on regardait bien les propositions présentées à l'époque par Sarkozy et son équipe (ce qui s'avérait pour le moins difficile, tellement elles étaient floues),  il n'y avait strictement aucune valeur ajoutée dans son "Union méditerranéenne", dont la seule particularité - de taille ! - était d'exclure les pays de l'UE non riverains de la Méditerranée... Une manière bien commode de remettre la France au centre du jeu, en somme.

Bon nombre de commentateurs (français, et de droite, cela va de soi) ont interprété la frilosité européenne comme une marque d'égoïsme, de pingrerie, d'absence de sensibilité pour les souffrances de la Méditerranée et de manque de compréhension à l'égard de ses peuples. Alors que Nicolas Sarkozy, grand philanthrope devant l'éternel, avait tout compris et se proposait dans son immense générosité de résoudre tous les problèmes auxquels les incompétents qui l'ont précédé n'ont jamais su s'attaquer.

Mais bien sûr !
(Vous connaissez l'histoire de la marmotte?)

La suite des événements n'allait être que le long effort d' "explication" (et surtout d'improvisation) de l'équipe sarkozienne auprès de ses partenaires européens... et méditerranéens ! Ah oui, j'oubliais de dire que dans cette histoire, personne n'avait été consulté ou informé de quoi que ce soit, et surtout pas les principaux intéressés eux-mêmes. Pour une initiative entièrement novatrice qui visait à privilégier l'égalité entre partenaires, c'est pour le moins malheureux...

Bruxelles, le 26 novembre 2007 : Jouyet bavarde devant la Commission politique de l'APEM

Jean-Pierre Jouyet, secrétaire d'État aux affaires européennes, fut cordialement invité à s'exprimer devant la Commission politique de l'Assemblée parlementaire euro-méditerranéenne, qui se réunissait ce jour-là à Bruxelles, présidée par Mme Tokia Saïfi, députée française du groupe PPE (donc, de l'UMP...). Notons au passage que M. Jouyet, anciennement socialiste, a jugé utile de retourner sa veste en même temps que Kouchner, Besson et autres renégats...

Le spectacle était pour ainsi dire affligeant. Après des échanges de courtoisies, jets de fleurs et autres palabres obséquieux entre M. Jouyet et Mme Saïfi, le secrétaire d'État s'est en vain appliqué à dissiper le mystère entourant la fameuse Union méditerranéenne. Le flou artistique ne désépaississait pas, bien au contraire. 
- Allait-on exclure les pays européens non méditerranéens ? Sans doute ! Depuis quand la Lettonie a-t-elle un intérêt stratégique en Méditerranéen ? Moins de gens à la table, donc des décisions plus rapides et efficaces.
- N'est-ce pas une manière polie de refuser l'adhésion de la Turquie à l'UE ? Mais noooooon, sot que vous êtes ! Il n'y a que les fâcheux, les mauvaises langues et les simples d'esprit pour croire de pareilles sornettes... (La Turquie se verra refuser l'adhésion par référendum, c'est déjà écrit dans notre constitution, voyons !)
- L'Allemagne ne verrait-elle pas cela d'un mauvais oeil ? Mais, dixit M. Jouyet, il y a déjà l'Union de la Baltique, personne n'a enquiquiné les Allemands pour cela.
- "Et pourquoi une Union méditerranéenne, alors qu'il y a déjà Barcelone ?" demande pertinemment Hélène Flautre - au demeurant, fort exaspérée du peu de cas dont M. Sarkozy et son équipe semblaient faire de la question des droits de l'homme. "Mais, si Barcelone donnait des résultats, ça se saurait", se gausse M. Jouyet.

D'ailleurs, il ne s'agit pas de faire la même chose. L'Union méditerranéenne reposera sur une série de "projets concrets".

Aaaaaaah, les fameux "projets concrets" de l'Union méditerranéenne. On allait se gargariser de cette expression pendant des mois ! Projets concrets, nan mais j'vous jure... Et le processus de Barcelone, si je comprends bien, c'était de la théorie abstraite, mmmh ?

- Et pour les financement ? Vous voulez créer une Union parallèle, mais comment financer les projets ? (concrets, les projets, s'il vous plaît, donc les financements doivent l'être également).
- "Oh, répond M. Jouyet, rassurant, cette Union n'aura aucun droit de tirage sur les fonds communautaires. Elle sera candidate à des financements pour des programmes existants, ou alors on cherchera les financements ailleurs, par exemple, un partenariat avec les pays du Golfe".

Fichtre... Ai-je bien entendu ? Cet hurluberlu de Sarkozy veut faire sa propre Union tout seul dans son coin, exclure les pays européens qui risqueraient de lui faire de l'ombre, et s'attend à ce que l'Arabie Saoudite et le Qatar sortent leur carnet de chèques pour payer son caprice ? Génial. J'adooooore la politique !

3 mars 2008 : L'héroïque résistance d'Angela Merkel nous sauve du désastre, arrêtant à Hanovre la charge insensée de Nicolas Sarkozy.

Non, ce titre n'est absolument pas biaisé ! Je ne partage pas toutes les opinions de Mme Merkel, mais reconnaissons tout de même qu'elle a la carrure d'une femme d'État, et qu'elle a su prévenir un scénario qui aurait abouti à scinder l'Europe en deux sous-ensembles en fonction de leurs tropismes de politique étrangère, au mépris de la cohésion de l'Union.

Lors du sommet franco-allemand de Hanovre (qui avait failli être annulé, tant la tension entre les deux dirigeants était grande) la messe fut dite, M. Sarkozy allait devoir corriger sa copie et accepter d'impliquer l'ensemble de l'Union européenne, en se fondant sur les acquis du Processus de Barcelone. Certes, on voyait consacré le principe d'une co-présidence tournante, assumée par un pays de la rive nord et un autre de la rive sud, ainsi qu'un "secrétariat léger" chargé de la coordination des "projets concrets". La Commission européenne (Saint Berlaymont soit loué!) fut chargée de rédiger dans le détail une proposition qui serait soumise au Conseil juste avant le début de la Présidence française.

Paris, 28-29-30 mars 2008 : Henri Guaino crache sa bile et rumine sa rage

Un colloque de haut niveau avait été prévu de longue date au Palais des Congrès de l'Unesco par une instance dont assez peu de personnes à Bruxelles avaient entendu parler auparavant, le Forum de Paris, et qui se spécialisait dans les questions euro-méditerranéennes. Bien entendu, personne n'avait prévu le compromis de Hanovre, qui changeait fondamentalement la donne par rapport au projet initial.

Fort logiquement, les différents intervenants invités à s'exprimer (et pour certains, à s'auto-congratuler de leur talent incommensurable, leurs idées visionnaires et leurs politiques révolutionnaires) ont été obligé d'en tenir compte et de rectifier le tir. Et là, rebelote, on sombre dans un feu d'artifice d'hypocrisie, de demi-vérités et d'hexagonocentrisme. Même Hubert Védrine, ancien ministre (socialiste !) des affaires étrangères, de la part de qui on pourrait s'attendre à un discours à peu près intelligent, a cédé à l'idolâtrie sarkozienne, louant la beauté et la générosité de son idée de départ, et blâmant les Européens manquant cruellement de lucidité et de courage.


Mais le pire fut l'intervention d'Henri Guaino, conseiller spécial de Nicolas Sarkozy, principal inspirateur de ce projet (et accessoirement rédacteur de l' infamous "Discours de Dakar"). Pauvre France, victime de la vilenie de ses partenaires européens, qui refusent de la voir emprunter le droit chemin du "Dialogue des Civilisations". De Barcelone, faisons table rase ! Les politiques de l'octroi n'ont pas marché, nous devons êtres "partenaires" ! Et puis, travailler ensemble, sur les "projets concrets" ! Ah, et pour l'argent, on sort à nouveau le carnet de chèque des pays du Golfe (l'absence de scrupules n'a donc pas de limites).

Tripoli, le 11 juin 2008 : Mouammar Kadhafi "massacre" l'Union pour la Méditerranée

Je n'ai aucune sympathie particulière pour ce fou furieux sénile et mégalomane, mais il a quand même eu le sens de la formule, lors du mini-sommet arabe qui s'est tenu ce jour-là dans la capitale libyenne, pour discuter de la proposition française. 

"Nous ne sommes ni des chiens ni des affamés pour qu'ils nous jettent des os !"

En substance, le dictateur libyen reprochait aux Européens de proposer aux Arabes des projets économiques humiliants comme s'ils étaient miséreux, et de tenter de les diviser en ne traitant qu'avec un groupe de pays plutôt que l'ensemble de la Ligue Arabe.

C'était bien la peine de lui dresser une tente sur la pelouse de l'Élysée...

Paris, le 13 juillet 2008 : enterrement de 1re classe pour l'UPM ou nouveau point de départ pour Barcelone ?

En fin de compte, et malgré les menaces de désistement de Bouteflika (qui a décidé de venir à la dernière minute) et autres larrons, le Sommet de Paris pour la Méditerranée s'est bel et bien tenu. Même le Liban, dont la présidence était vacante depuis quelques temps, fut représenté grâce à l'élection in extremis de Michel Sleimane (qui en a profité pour serrer la pince à son collègue Bachar el-Assad, dont la venue à Paris et la présence au défilé du 14 juillet n'étais pas au goût de tout le monde...). Finalement, il n'y eut que Kadhafi qui décida de bouder jusqu'au bout dans son coin...

Que Sarkozy ait réussi un joli coup diplomatique en rameutant tout ce beau monde à Paris, c'est un fait. Mais que son initiative (qui finalement, se résumera à une redynamisation du Processus de Barcelone, assortie de quelques "projets concrets" à géométrie variable) soit véritablement suivie d'effets, seul l'avenir nous le dira. Pour l'instant, on a réussi à adopter un drapeau pour l'UMP...  Reste à déterminer le siège du secrétariat.


On évoque souvent Tunis ou Rabat (ben oui, il est temps qu'on place quelque chose sur la rive Sud, non ?), mais je vois difficilement comment cela pourrait se faire, à moins d'exclure Israël du lot... Officiellement, les États de la Ligue Arabe n'entretiennent pas de relations avec Israël, sauf l'Égypte et la Jordanie, qui ont signé un traité de paix, et la Mauritanie qui prend décidément un peu trop de libertés et devrait être exclue de la Ligue... Donc, Tunis, Rabat, Bruxelles (vu que la Commission s'y trouve déjà, ainsi que le secrétariat de l'APEM), Barcelone (en souvenir du lancement du processus) et La Valette (vu que c'est pile au milieu de la Méditerranée). Personnellement, j'aurais une préférence pour Rome, mais apparemment personne ne semble y songer...

Réponse lors du prochain sommet ministériel, en novembre... à Marseille.

jeudi 3 juillet 2008

Conférence du PSE sur la paix au Proche-Orient

For the 2nd consecutive year, the Socialist group at the European Parliament held a conference on the Middle-East, focussing on the Israeli-Palestinian conflict and the regional perspective (including Lebanon, Syria, Iran, the role of the EU, etc...), bringing together representatives from socialist / progressive forces in the parliaments and governments of the participating countries, as well as speakers from NGOs and what is usually referred to as the "civil society" (I find this label a bit overrated, don't you ?).

Yeah, I know, I didn't post anything about the previous conference, which I was supposed to attend, but hey, I was shopping in Stockholm at that time, you've got to have some priorities in life, right ?

Anyway, except for the contacts, networking, little chat and exchange of e-mail/cards/phone numbers (basically acting as the typical Brussels European slut - an indispensable activity if you want to survive in this merciless and ruthless milieu, lest you'd go very quickly "out of business"), I was rather disappointed by the event.

Really, what's the point of inviting like-minded people who agree on practically everything, and are here just to make lyrical statements, vague declarations of principles and pretend to discuss tiny points of detail, having a very symbolic - and rather rhetoric - impact at the end of the day?

And, as a very witty Israeli observer pointed out, the Socialist are nowhere in power
- in Europe : the main political group at the European Parliament, the EPP is supposedly centre-right (well, less centre than right, if you want my completely objective, totally unbiased and very humble opinion). The situation is even worse at the Council, where an overwhelming majority of governments are ruled by right-wing parties. 
- They are not even in power in Israel, where they are an auxiliary fo
rce in a coalition led by Kadima (supposedly centrist, if ever there is such a thing as the centre, in politics... Sarcastic, moi ?). 
- They are not in power in Gaza, ruled by the Hamas since the coup of June 2007 
- They're not even in power in the West Bank, even though the Fath, the party of Mahmoud Abbas, President of the Palestinian National Authority, is a membre of the Socialist International. Simply because Mr Abbas' government has no control whatsoever over the territory he is supposed to rule. (Don't you just love this region?)

So basically, we're fucked.

The very natural conclusion I came to after this fairly pessimistic exposé was that we desperately needed a proletarian revolution in the Middle East, with the constitution of a progressive front, and later on the establishment of a Soviet-like federation, which would achieve peace and brotherhood amongst its peoples, and bring eternal prosperity to the capitalist-exploited working masses.

Sure, you bet.

(I should definitely quit drinking...)

Oh, and did I mention the fact that my access badge to the Parliament had expired two days before the opening of the conference??? I was left with no choice but to ask a friend of mine to sign me in as a guest! Needless to say this felt somewhat upsetting :-)

dimanche 13 avril 2008

Will they ever learn ?

Happy 33th anniversary...

vendredi 8 février 2008

"Mais... tu n'as pas un nez chiite !"


Confessionnalisme, quand tu nous tiens...

Des fois la mentalité de certains jeunes de ce pays me désespère, et je songe que nous avons encore de bien sombres années devant nous...
L'autre soir, alors que je discutais politique (c'est original) avec un ami dans un bar de Gemmayzé, le quartier qui bouge le soir à Beyrouth, j'ai eu droit à une remarque peu conventionnelle de la part d'une jeune écervelée.

Karim et moi parlions de la situation des réfugiés palestiniens au Liban, étant tous deux révoltés par le traitement dégradant que leur réservent les autorités libanaise. Ces dernières, au motif qu'elles refusent toute implantation définitive sur leur territoire des 400.000 Palestiniens issus pour l'essentiel de la première vague expulsée en 1948 (la Nakba), leur imposent toutes sortes de restrictions en matière d'accès à l'emploi, de logement, et autres services de base. Soit dit en passant, comme ils sont majoritairement sunnites, cela inquiète les autres communautés, qui se raccrochent encore au mythe d'un pseudo-équilibre entre les différentes confessions du pays...

Quoi qu'il en soit, une jeune demoiselle passablement éméchée (l'abus d'alcool nuit gravement à la santé, n'est-ce pas...), fait irruption dans notre conversation, entre une grimace éthylique et et deux rires stridents.

- Elle : "Mais vous m'avez l'air bien sérieux ! Vous parlez de quoi ?"
- Karim (mi-agacé, mi-amusé) : "On parlait des Palestiniens au Liban"
- E (surprise) : "Ah bon ? Pourquoi, vous êtes palestiniens ???"
- K : "Non, je suis Libanais"
- E : "Ah, et tu es quoi ? de quel coin" ?
- K : "Je suis de Mosseitbeh, à Beyrouth"
- E : "Ah, tu es sunnite ? Moi aussi, je suis sunnite, de Ras Beyrouth... Et toi (se tournant vers moi), tu es quoi ?"
- Moi : "Heu... je ne comprends pas ta question..."
- E : "Ben, tu es de quelle confession ? Quelle est ta communauté ?"
- M : "Je n'en ai pas."
- E : " Mais si, c'est obligé, quand on est libanais on est forcément d'une... T'es quoi ?"
- M : "Pas pour moi, je ne m'identifie pas à ces catégories..."
- E (s'impatientant...) : "Ben oui mais ça n'a rien à voir, qu'est-ce qui est écrit sur ta carte d'identité ?"
- M (commençant à me foutre de sa gueule...) : "Je sais pas, je l'ai perdue..."
- E : "Mais alleeeeez, dis-moi, s'il te plaît, je suis curieuse. Et puis de toute façon, tout ça pour moi ce n'est pas important, j'ai pas vécu souvent au Liban, je viens d'arriver d'Espagne".
- M : "Justement, pourquoi veux-tu savoir si ça a si peu d'importance ?"
- E : " Ben parce que ! Je suis curieuse. Alleeez, je vais pas pouvoir me coucher si tu ne me dis pas !"
- M : "Dommage pour toi, moi je sens que je vais bien dormir..."
- E : "Bon, ben alors dis-moi de quelle région tu viens !"
- M : "Je suis du Sud, pas loin de la frontière".
- E : "Ah, mais donc tu es chiite !"
- M : "Bah... si selon toi, le fait d'être du Liban-Sud revient à dire que je suis chiite, alors ok, je suis chiite".
- E : "Mais... tu n'as pas un nez chiite ! C'est bizarre, on dirait pas."

Alors là c'est vraiment la meilleure. Pourtant des nez j'en ai vu et entendu ! Nez grec, nez romai
n, nez sémite, nez juif (un grand classique), nez aquilin, gros nez,
nez à la Achille Talon, nouveau-nez, j'en passe et mes meilleures...
Mais le nez chiite, celle-là, je ne l'avais jamais entendue !

(Je reprends la conversation, après un bref moment de stupeur)
- M : "Mais heu... si je n'ai pas un nez chiite, j'ai quoi, comme nez?"
- E : "Je sais pas, on dirait un nez orthodoxe".

(là on touche vraiment le fond du n'importe quoi. Et le nez druze, il est supposé ressembler à quoi, je vous prie ? un sabre ? et le nez arménien, c'est bien celui qui a la forme du Mont Ararat?)
J'ai rapidement coupé court, vu qu'il me fallait partir de toute façon. En partant, je n'ai pas pu résister au plaisir d'ajouter mon grain de sel à la mystification : "Hé, au fait, je suis palestinien, mon père est de Haïfa et ma mère de Nazareth - devine de quelle religion je suis à présent".

Bref, je rêve d'un Liban où cette question sera relayée aux oubliettes, où la religion ne sera plus qu'un choix personnel nullement imposé, et où l'exercice de la citoyenneté et des droits civils ne passera plus par l'appartenance à une communauté confessionnelle... ou la forme d'un nez :-)

Parlant d'étiquettes, de stéréotypes et de labels, voici un clip faisant partie d'une campagne de lutte contre le confessionnalisme, qui était passée à la télévision il y a quelques temps... Enjoy ! (Et si vous êtes concernés, prenez-en de la graine...).




jeudi 8 novembre 2007

Poétique réglementaire...

Extrait d'une proposition de décision du Parlement européen et du Conseil, présentée par la Commission des Communautés européennes :

(5) à l'annexe IX, la première phrase est remplacée par le texte suivant :

" La présente annexe énumère les méthodes alternatives validées part le Centre européen pour la validation de méthodes alternatives (ECVAM) du Centre commun de recherche disponibles pour répondre aux exigences de la présente directive et ne figurant pas dans le règlement [..]."

Comprenne qui pourra...

" Nous travaillons actuellement pour l'Europe... voire pour le monde. "

mardi 6 novembre 2007

From one shore to another...

(Memories from Casablanca)

Beirut, 13th of April 2007

- I’m sorry, sir, but we cannot issue the visa today, your application was refused.
- Refused!? How come???
- You can discuss it with the agent in charge of your file, he’ll be in his office in a minute…

A couple of weeks earlier in Brussels, Pr. Eric Remacle had asked Olivier Plumandon, former President of Eyes on Europe, to form a group of students members of our team, to represent the ULB in a Euro-Mediterranean youth forum in Casablanca. Stéphanie Gonçalves (general secretary), Olivier and I were finally selected to take part in the event. Isabelle Maras and Tania Maamary, who animated a research seminar on intercultural dialogue at the Faculty of Political Science, quickly joined us in the project, and Amaya Ubeda De Torres, professor at the Institute, was happy to supervise our delegation. Now I “merely” needed to get a visa to enter Morocco, which is obligatory for Lebanese citizens.

Fortunately, after spending the entire day on the phone (now I’ll know for ever more that the code for Morocco is +212…), I managed to find someone at the Hassan II University who could fax the missing documents to Beirut. This kind of incident is part of the daily life for people from the South, but so alien to Europeans.


Borders really matter when you don’t have the right passport on the shores of the Mediterranean...

Casablanca, 19th-22nd of April

We left the arrivals hall, following the members of the staff who came to welcome us. They were not fluent in French, and since my Lebanese dialect is too different from theirs, I had to speak an awkward mix of French, English and literary Arabic in order to communicate with them. In the car, Stéphanie and Isabelle politely smiled, silently wondering what the driver and I were chatting about… On the road, all the traffic signs were written in Arabic and French, strangely reminding of Lebanon. Yet the landscape was different – flatter, drier – and the vegetation scarcer.

At the cultural centre where the workshops took place, we were immersed in a cosmopolitan environment, with students coming from various horizons: Sweden, Switzerland, Italy, France, Spain, Morocco, Algeria, Libya, Lebanon, Turkey… (I’m surely forgetting some countries). There was even a Palestinian, who had all the difficulties in the world to pass the checkpoints from Ramallah to Amman, before flying to Morocco via Paris. My visa problem seemed pretty trivial next to his. French was “still” the lingua franca amongst the participants, although English and Arabic (in its various dialects) were often heard.

What was the purpose of this event? To explore a Mediterranean consciousness through dialogue, photography, theatre and storytelling. Far from the ordinary academic meetings, which usually focus on scientific and intellectual exchanges, this forum rather aimed to create a much more dynamic interaction, using the various cultural materials and representations that each of the participants had, and trying to throw bridges between their respective backgrounds.

The theatrical workshop focussed on the body as a means of expression, and physical interactions as a medium to create confidence. The photography workshop explored the urban landscape of Casablanca, in search of archetypal situations, representative of a “Mediterranean civilisation”. Another workshop aimed to revive the art of storytelling, as oral traditions and tales constitute essential elements of the Mediterranean folklore. The workshop dedicated to journalism tried to question the various stereotypes pertaining to the North-South relations, through the controversial topic of migrations.

Many of the European participants were travelling across the Mediterranean for the first time. Some Arab students had never been to another Arab country before. In many respects, each of us was experiencing a culture shock. However, during three days, thanks to tales, music and long walks along the sea, borders were erased, barriers broken down, and the Mare Nostrum became once again a common ground and a meeting point for its citizens.

Mediterranean without borders

Upon our return to Brussels, still under the charm of Casablanca, we were more than ever committed to dedicating the following issue of Eyes on Europe to the Euro-Mediterranean relations. We hope that the exchange of views presented in this special report will help to fuel the ongoing debate about the Euro-Med partnership, and raise the awareness of the need for Europe and its Mediterranean neighbours to strengthen their ties, so that events like this one do not remain a collection of random and disconnected initiatives, but an ever-expanding network of exchanges and links, leading to a better mutual knowledge and understanding.